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Textes choisis

Un gros doigt

azylis

 

 

Big_letter_I

 

l y a des endroits qui mettent en relief la platitude de vos vies.
 Comme si leurs couleurs vives absorbaient la pâle lueur des vôtres déjà exsangues.

Ce genre de lieux où les gens en chient évidemment comme tout le monde, parce-que la merde c’est en nous qu’on la porte, dès le premier pleur.

D’ailleurs c’est comme ça que l’on commence, éjecté dans la vie dans un sale bruit de barbaque glissant sur les étals s’il n’y avait pas les femmes que l’on dit sages, payées pour vous rattraper et enjoliver un peu le truc. 
Et en pleurant. Comme ça, à l’instinct.

Il y a des endroits où quand les gens sortent c’est pour sortir vraiment.
 Sortir d’eux-mêmes, de leur vie de cons, de leur banalité de pauvres clônes pas assez malins pour s’en attrister, ou alors trop et en sombrer. 
Dans ces endroits les gens savent sortir d’eux-mêmes oui.
Jouer des rôles pour ne pas se perdre. 
Jouer le jeu de leurs facettes, les assumer, les entretenir, en changer, les assumer, toujours.

Mettre le paquet pour pas crever.

Après ça faudra rentrer, retrouver la France, avec ses airs compassés.
 Ses cons frustrés, qui veulent baiser sans trop se forcer. 
Ses sales putes intéressées qui sont d’accord si les soupirs ramènent de l’or. 
Des mal baisées très contentantes.
Petites bourgeoises refoulées, aux aspirations peu rutilantes, dans leurs petites fringues en camaieux qui font surtout pas mal aux yeux.

Et tout ce beau monde qui se mélange, qui se fait croire que c’est ça le fun.

Juré sur les cadavres de capotes autour du lit !

Même s’il n’y en a pas assez.

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Quelque part, sur terre.

haziza-iii

 

 

Big_letter_M

 

on appartement est troué

c’est une fenêtre de soleil

en tailleur

je lis de la poésie
je n’y comprends pas toujours tout

les pages dorées m’agressent les yeux

en tournant ces pages

je pense
que la flaque aura bientôt disparu

par
un mouvement infime de choses immenses,

galactiques

puis ma copine rentrera du boulot

et je lui sourirai.

je n’ai aucun doute sur ce point :

quelque part,

un homme s’imagine
 en tenue de plongée,

se masturbant devant
 une bouche d’incendie

et se dit
 qu’il n’y a pas plus grand bonheur

sur Terre.

 

Brice Haziza

Marietta Fortune

marietta-fortune-s-bernard

 

 

Big_letter_T

 

andis qu’il fait une fois de plus l’amour à cette fille
qui le prend pour son homme,
il arrête brusquement d’aller et venir en elle.
un ange passe.
il le tue d’un coup de poing sur le lit.
un autre passe.
il se lève, marche calmement à travers les ténèbres
en direction de la salle de bain, allume,
se regarde dans le miroir, dit :
« mais qu’est-ce que je fous ? »
et se griffe le visage.
puis ses yeux tombent sur un tube de rouge
sur la tablette du lavabo. il l’ouvre,
et comme Marietta Fortune
se peinturlure entièrement le visage avec.
il s’assoit sur le rebord des wc un long moment.
avec son masque de face écorchée par l’arrachement du masque.
avec cette odeur de gras du rouge qui l’écœure.
quand il sort et allume le plafonnier de la grande pièce
pour respirer,
la fille se met à rire en voyant
son visage écarlate au bout de son long corps nu.
et lui aussi se met à rire.

Stéphane Bernard

Ils ont eu raison

aziza

 

 

Big_letter_J

 

e sais qu’au seuil de l’asphyxie

là où les tentacules blancs du dégoût
 nous étouffent

en silence

j’ai toujours trouvé

un poème

une mélodie

comme une lettre d’amour sur un champ de bataille

un regard défiant la mort

un piano planté dans la fournaise

et

si la vie doit être considérée par-dessus tout

alors

ils ont eu raison

si ce n’est pas le cas

alors

les poètes et les musiciens

sont de sacrément gros fils de pute.

 

Brice Haziza

Une histoire d’amour

kdo3-copie

 

 

Big_letter_L

 

a copine d’ une copine, Patrizia, de ses fenêtres on voit la mer. Elle aime les poupées et les objets, chez elle c’ est plein d’ objets partout comme chez les paysans ou les ouvriers. Elle a été infirmière pour un vétérinaire, Angelo. Elle est ronde, petite, pleine de courbes, toujours au régime. Elle n’ est pas jeune, ni belle, et elle aime les hommes, sans sexe elle devient malade, sans amour aussi, elle lie les deux de manière conséquente. Quand’ elle est célibataire il y en a plusieurs qui lui tournent au tour, et elle baise peut être avec eux tous, mais elle garde en elle le souvenir d’ Angelo, son meilleur amant, le plus tendre, le plus proche.

Je lui ai lu le I King un soir qu’ elle était désespérée à cause d’ un message d’ Angelo. On a eu le 27, 9 au début, la tortue magique, elle était trop contente, on a mangé du melon et des pralines. Mais Angelo était marié, et elle me dit qu’ il est trop faible de caractère pour se séparer. Elle rencontra un autre, un costaud. Ils baisaient beaucoup, le temps passait, il était gentil. Une fois à cause d’ Angelo elle le jeta dehors. Il revint quelque jour après, il sonna à sa porte, la bite dure dans sa main, et lui posa la question : « Je fais quoi avec ça, sans toi? ». Toujours dans le cadre de la porte d’ entrée ouverte, le temps qu’ elle se décide. Ils se remirent ensemble, et il me semble qu’ ils le sont encore.

Antonella Porcelluzzi
Gravure de © Marc Brunier-Mestas

Blitzbook

blitzbook (1)

 

 

Big_letter_T

 

rois heures du mat’, les derniers s’en vont. J’ai éteind ma loupiotte, je ne voudrais pas que Christopher joue les prolongations dans ma chambre. Cassé comme il est, je serais capable de le balancer du cinquième. Fondu au noir donc. Zéro bruit. Une tombe. J’ai bien fait, il s’est arrêté à niveau de ma porte, il écoute des fois que … Bon, il se casse. Trop de la balle ! Oui, certaines personnes disent trop de la balle ! Bizarre d’employer des mots dont personne ne connait l’origine. Même Google ne sait pas … Pour te donner des synonymes, y a du monde ! L’étymologie ? Personne ! Bon enfin, Christopher est parti cuvé sa beu, ça baigne. Je reprend une pilule, je me trouve encore un peu mordant pour une fin de soirée. Parfois, je rêve d’être îvre mort comme autrefois. Enjoué, bête, démoralisé, batailleur, en larmes, passionné. Au lieu de cela, je suis en permanence flanqué d’une maudite lucidité. Plus aucun upside down : je suis psychiquement écrêté. Je suis un camp retranché où la tendresse et la haine n’ont plus leurs places. Mon état est celui d’une tempérance électrique, d’une sobriété épineuse. J’aimerais m’arrondir. Switcher parfois. Je me lève pour voir panam. J’ai vacillé. Quatre cachetons, c’était sans doute trop. J’ai voulu voir Paris et je vois Paris. Cela ne me fait aucun bien. Même ça. Un dernière Craven au balcon, puis pieux ! La désirable Alice voudrait que je ponde… Trop tard pour un journal. Débâcher la caisse dans le box ? Faire tourner le 12 cylindres ? Baiser l’éditrice ? Signer dans les librairies, dans les salons, comme Ernée ? Mais avant, m’asseoir sagement à un burling -chaque jour que dieu fera pendant au moins une année- à bien dérouler ma farce, à ciseller mes tournesols ? No way. Ce qu’il me faudrait, c’est un livre éclaircomme Hitler avait eu sa Blitzkrieg. Un Blitzbook… yeah, en plus, sound good ! Torché en trois mois. Et au cul Flaubert, le peine à jouir ! Tu en veux des dingues, l’éditrice à cul de danseuse ?! Du crâne qui explose ? De la sirène et des gyrophares ? Des salles de réveil pour épaves évanouies ? Des loques qui boivent du parfum en loucedé ? Des charcutières de petits poignets ? Des qui chient dans leur corbeille ? Des gégènes et des coups d’boules, ça te fait bicher Alice ? Des messies ronfleurs ? Un sanglier blessé ? Ça mouille ta culotte d’éditrice ? Attends, je vais te la modeler, moi, l’histoire de Denis, en dildo bien trapu ! Un gode maousse pour le plaisir du lecteur … Le Blitzbook arrive, esquive …

JF Dalle -No guimauve, please- 2014