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Textes choisis

Je veux qu’il fasse beau

kcs

 

 

Big_letter_T

 

iens, c’est marrant, tu t’en rappelles, de ça ?

Je tenais à la main un cendrier en céramique bleue, avec écrit dessus l’hôtel où nous avions dormi pendant nos vacances en Espagne, je venais juste de le retrouver au fond du tiroir. J’ai souri. Elle l’a regardé sans expression mais au bout d’un moment, comme j’avais toujours mon sourire accroché à la figure, elle a souri aussi.

— Tu te souviens ? Tu l’avais piqué à la réception.

Je brandissais toujours l’objet, surjouant quelque chose mais sans bien savoir quoi.

— C’est marrant, elle a dit, j’avais oublié qu’on l’avait encore, ce truc. Tu l’as trouvé où ? Dans le tiroir ?

— Oui, dans le tiroir. Au fond.

Je ne souriais plus. C’était à cause du mot « tiroir ». Et puis j’ai regardé la valise et remis le cendrier où je l’avais trouvé, plus certain de grand-chose. J’ai enfilé mes chaussures et une veste, je me suis dirigé vers la porte, je n’ai rien dit.

— Tu sors ?

— Cinq minutes, prendre un peu l’air.

J’ai refermé sans bruit la porte derrière moi et descendu l’escalier. Dans la rue la lumière jaune et chaude était magnifique, le ciel bleu sombre, nettoyé par l’orage, tout qui brillait d’humidité, c’est comme ça que j’aurais voulu que ce soit à mon enterrement.

J’ai déambulé et jeté un œil aux gens et à mon ombre qui parfois s’étirait comme un Giacometti. A une terrasse j’ai commandé un demi, eu droit en plus à une coupelle de chips, toutes les tables étaient occupées et tout le monde parlait fort en profitant du soleil, j’ai savouré tout ça un moment, ça faisait du bien. Je ne regardais rien en particulier et j’écoutais sans y faire attention des bouts de conversations et peut-être que ça me donnait l’air d’un type en train de réfléchir à des choses importantes mais c’était tout le contraire, j’étais vide de toute pensée, de toute phrase même, il ne me restait plus qu’une poignée de mot, « tiroir », « valise », qui me rendaient triste, j’essayais de les éviter, et mes émotions étaient réduites à rien, des petits bouts de peau se détachant tout seuls.

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Avec toi

balade

 

 

Big_letter_J

 

’veux sortir avec toi

Oui, toi, tu sais

Faire deux pas dans la rue

Ou trois

Un voyage

Sans but

Rue des Pyrénées

Et sans bagages

Jusqu’à la Seine

Jusqu’à la mer

Qui se resserre

De fleuve en pirogue

Et vogue

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On fait comme si elle s’appelait Jennyfer


jennyfer

 

 

Big_letter_O

 

n fait comme si elle s’appelait Jennyfer

Elle est vachement jolie ! il me dit.
Elle est vachement gentille, j’ajoute. 
Elle fait pas de manière quand elle arrive le matin. Elle passe devant nous. Un sourire. Bonjour, vous allez bien ?

Alors évidemment, dans la lumière douce de ses yeux-qui-ne-nous-fuient-pas, on se sent comme du café sur un réchaud : frémissant.

On va bien. Oui, on va même très bien !

Elle bosse dans la boutique, juste à côté d’où on crèche. Chez Jennyfer. On n’a jamais osé lui demander son prénom, alors on fait comme si elle s’appelait Jennyfer. Et parfois on se dit, Tiens, on l’a pas vu passer ce matin, la petite Jennyfer ! Quel jour on est ? On ne sait plus trop. On se dit que ce doit être son jour de repos, certainement. Mais non, putain, c’est dimanche, regarde, tout est fermé ! C’est pas facile de suivre les articulations de la semaine quand on n’a pas de calendrier accroché au mur. Quand on n’a pas de mur où accrocher un calendrier. Le problème est réversible à l’infini quand t’habite dans la rue.

Parfois on se dit, merde, ça fait quatre jours qu’on l’a pas vue la petite Jennyfer. Et on se demande si elle est malade, si elle a déménagé, si elle reviendra jamais. C’est pas qu’elle soit si petite, la petite Jennyfer. Pas que ce soit une gamine, non plus. Elle doit avoir dans la trentaine et son sourire qui fait des plis de vrai sourire au coin de ses yeux. C’est beau. On dit petite de manière affectueuse. On l’aime beaucoup la petite Jennyfer.

Je crois même que j’en suis amoureux, me dit Georges.

Amoureux ? Comment ça amoureux ? je lui demande.

Tu veux pas que je te fasse un dessin, quand même ! il me sort.

T’es qu’un vieux dégueulasse, non de dieu !

Pas du tout, il dit, c’est juste de la tendresse. Comme l’envie de la prendre dans mes bras, de la cajoler. Peut-être bien de la bécoter un peu, mais faudrait que j’brosse mes dents d’abord.

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Avant de crever

ampoule-azylis

 

 

Big_letter_U

 

n jour, on te dit que tu es lumineuse,

et cette fois, c’est différent.

Tu kiffe le compliment.

Ouais.

Deux secondes.

Ce moment où tu sais pertinemment qu’en fait de lumière,

tu clignotes.

Comme les ampoules.

Bon, pas les merdes à économie d’énergie et de lumière aussi.

Non, celles à incandescence.

Elles clignotent toujours d’une lumière très vive.

Par intermittence.

Elles font toujours ça, avant de crever.

Azylis

Lupercal 2016

langda

 

 

Big_letter_L

 

e 22

février

2016

vers

4h55

du matin

près du

petit

village

de Lupercal

un être

humain

virtuel

est apparu

à cette

ex-

ouvrière

agricole

par la

fenêtre de

tchat

c’était juste une petite ligne de texte

elle lut

et sa chair

se fendilla

 

Perrin Langda

T’en veux ?!

ten-veux

 

 

Big_letter_T

 

u en veux, du dingue, du qu’est dans son jus, Alice ? Pas du littéraire, hein ? Du pas frelaté, nan. Des aliénés AOC. Des qui ont bien coulé, des qui remontrons jamais. Tu tombes bien, j’en ai, des zombies pas démouchetés, à te présenter. Alors, douce Alice, t’en veux ? T’en veux ?! Des Freaks, d’la grande parade, des qui sortent d’une Scala bien gondolante ?

Prends un siège.

J’ai tout, c’est mes Tournesols, mon blitzbook, ton bingo assuré. Tu vas voir, Alice, ma plume vas t’faire tripper. Tu en veux, des débarqués ? Alors hop, caméra embarquée ! De la raison qui s’en va, qui se siphonne, ça te botte, Alice ? C’est pas du blues raffiné, du cafard de riches, des névroses à cinquante boules la séance. C’est du dingue, du mieux qu’au ciné. Là, c’est du crâne explosé ! T’en veux ? Oui ?! Alors écoute-moi mieux !

J’te mets de la sirène et des pauvr’gens alarmés, des salles de réveil , des épaves évanouies ? Et des cliquetis de grilles aux fenêtres blindées, t’en veux, l’éditrice installée ? Des qui flanquent bien les miquettes, à la nuit tombée ? Entre chien et loup, entre chien et chien, entre nous devenus loups ? Des sanglots, des cris, des hoquets, des convulsions ? Des loques qui boivent du parfum en loucedé ? Des charcutières de petits poignets ? Des qui chient dans leur corbeille, des femmes-caca épatantes !

Des gégènes médicales et des coups d’boules, ça te fait bicher ? Biche Alice, j’ai aussi. Des messies ronfleurs ? Des meufs qui montrent leur chatte par qu’elles se sentent amoindries ? Parce que camées, elles se sentent moins jolies ? Et les confessions du sanglier blessé, tu les veux ?

En bonus féérique, je te raconterai même l’histoire merveilleuse, celle du jeune homme qui avait tout massacré. Pour faire marrer un copain plus bourré que lui. Tous ses tableaux y sont passés. J’te ferai le nofuture expliqué aux parents, le punk pour les nuls. Un soir d’aubaine comme ça, ça n’arrive qu’une fois, on en profite, on gâche pas. Une vraie p’tite saynète, celle-là. Fais-moi confiance, ça trempera bien des culottes de soie, une tristesse comme ça. Et puis j’te mets aussi ses yeux, les yeux de ma mère rougis ? Oh fais pas ta gênée, c’est inespéré ! Mais si, prends-les, j’te les mets, on cause plaisir de lecture et dividendes à la clé.

Tu me crois mito ? Tout à fait réglo, au contraire.

Tu verras, tu r’grettras pas ma p’tite désolation sous zinc. C’est fou ce qui grouille dans les mansardes, c’est impayable. Attends, je vais te la modeler, moi, l’histoire du Denis, en dildo bien trapu ! Un gode maousse pour le plaisir des lectrices. Mon dildo en tête de gondole ! Tu le veux ? T’as raison, t’as un bon petit nez, toi, ça fera mousser. Et prévois un méga à-valoir. Je vais l’écrire, mon blitzbook ! Ouvre bien tes cuisses d’éditrice, j’arrive…

JFD- no guimauve, please -2014-