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F.

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Big_letter_J

 

‘aurais pu te les dire les mots. J’aurais pu vous les dire les mots.
Ai été souvent à deux doigts de vous les dire, les mots.
J’aurais pu tout quitter pour toi. J’aurais pu tout quitter pour vous.
Mais c’est pas facile les histoires bancales, les jours de rien, les histoires banales, c’est pas facile.
Comme tiraillée entre deux hommes, c’est pas d’un plan à trois dont je parle. On sait jamais trop quoi dire, comment commencer, comment rendre la chose particulière. 
Parce qu’une histoire banale, j’ai dis.

Avant vous, je savais. Avant toi, je savais. 
Je connaissais mon amour pour lui. Je m’y noyais, je m’y perdais. 
Et encore des mots déjà vus, et toujours des idées reçues. 
Chaque jour, j’en mouillais des litres. Et de penser à sa queue dressée, vous pouvez pas savoir. 
Ça m’obsédait. Et sa bouche aussi. Ses mots, son quotidien, ses envies, ses délires.
Parce que j’avais tout quitté pour lui. Parce que je voulais tout connaître de lui. Parce que je suis dans la ville maudite, pour lui. 
Mais tout allait bien, ne t’en fais pas.

Et puis vous êtes arrivé. Vous ou toi, je sais pas. Je sais plus. Vous, sans faire exprès. 
Je n’écris que sur ce que je connais, je dis. 
Et puis vous êtes arrivé, vous, sans le vouloir. 
C’est moi qui suis venue vous chercher, en fait. C’est moi qui suis venu nous polluer, en fait.

Et alors de mouille, il était toujours question mais pas pour le même sujet. De bouche, de mots, de quotidien, d’envies, délires, désirs, il était toujours question. Mais plus pour le même sujet, plus pour le même homme.

Mon nom est coupable et je suis coupable. 
Coupable de baiser avec mon amour quand je m’imagine votre bite. Coupable du silence avec mon amour quand je pourrais parler des heures avec vous. Coupable de vouloir partir de mon amour quand je lui fais des promesses d’avenir que j’aimerais plutôt avec vous. Coupable de porter sur ma gueule un masque d’amour et de désir quand, en fait, je ne peux plus. Je n’en peux plus.

Que faites vous, quand vous n’êtes pas là. Je peux vous sentir à travers les murs. À travers les murs, je peux vous sentir. 
Sentir à des kilomètres le claquement de votre pouls. Impossible de taire ça. Impossible de l’étouffer. Impossible. Me réveille avec. Je vous parle. Vous me parlez, on, on se connait très bien, vous me racontez des choses. On est très proches. Sur le sexe et combien ça vous déprime. Et je sais-

Et puis, nous nous sommes dit que ça allait trop loin. Et puis, nous nous sommes rendus compte que ça nous noyait, nous plombait, perdait, nous bouffait, nous bouffait.

Combien d’heure j’ai pu passer à me branler sur votre corps, votre présence.

Et puis la distance. Les mots froids, le vide, les mots quotidiens, le vide, l’absence, le vide, l’absence d’attente, le vide, le refus, le vide, les propositions refusées, le vide, échouées.
Et maintenant que le temps passe, l’estomac continue de se resserrer, et dans le ventre, le vide, le vide se crée, et ventile en acier des promesses pas tenues. Le vide.

Et puis retrouver son amour établi, qui n’avait pas bougé. 
Et puis apprendre à retrouver son amour établi qui n’avait pas bougé.

Mais le ventre en bas, ne se calme pas. 
Les insomnies se font moins régulières, plus passagères. 
Mais le ventre en bas, ne se calme pas.

Et les portes se ferment. 
Et je me retrouve dans mon huit clos quotidien de mon amour sauvé de la noyade. De mon amour qui me regarde sans avoir su la tempête mentale que j’ai traversé. Face à mon amour qui me regarde sans avoir su la grande hésitation qui m’a bousillée.

Mon nom est menteur et je suis menteuse. Mon silence menteur. Ma présence menteuse. Ma gueule menteuse au saut du lit. Mon regard menteur devant le bol menteur.

Et les choses continuent.

Et les choses avancent.

En moins grands. En plus petits.

Mais c’est ça aussi, aimer quelqu’un, c’est le choix, la douleur du choix, que de rester.

Et de vouloir continuer.

Paix à votre âme.

 

Claire von Corda